lundi, 05 juin 2006

Après la cigarette, l’auto?

medium_no_cars.jpgMercredi dernier, la nouvelle loi antitabac est entrée en vigueur au Québec. La cigarette est maintenant interdite dans tous les lieux publics, y compris les bars, les cafés et les restaurants. Il faut dire, que, lorsque des lois semblables sont passées à Toronto, Vancouver et Moncton, je me suis dit que les Québécois n’accepteraient jamais de se séparer de leurs cendriers.


Malgré le fait que quelques groupes de pression ont tenté de faire dérailler le processus d’implantation de cette loi, elle a été relativement bien reçue par les citoyens. L’opposition est venue, principalement, des propriétaires de bars et de restaurants qui craignent toujours l’exode de leur clientèle. Cela, malgré l’expérience des autres régions qui nous montre que les clients ne vont pas, finalement, s’embarrer dans leur maison jusqu’à la fin de leurs jours.


La réaction, généralement positive, de la population québécoise m’a porté à réfléchir sur la raison qui explique comment une interdiction qui aurait, jadis, été complètement inacceptable, est si bien accueillie aujourd’hui. J’ai trouvé la réponse à ma question dans une chronique d’Yves Boisvert dans les pages de La Presse. La réaction s’explique, en partie, par le présumé virage santé des Canadiens au fil des vingt dernières années.


Pour moi, le clou de la chronique de Boisvert est la phrase suivante : « Les fumeurs se voient maintenant non pas comme des consommateurs qui exercent leur liberté de fumer, mais comme des pollueurs, des menaces à leur propre santé et à la santé des autres. » J’oserais ajouter que, dans la plupart des cas, la question n’est pas tant comment se voient les fumeurs, mais plutôt comment ceux-ci sont perçus par les autres.


Dans les journaux de cette semaine, nous avons eu l’occasion de lire les réactions de monsieur et de madame tout-le-monde. Il y avait de bonnes réactions (« Ça ne nuira à personne et ça va nous donner plus de souffle pour faire l'amour. ») et de moins bonnes réactions (« C'est de la câlisse de bullshit! »). Il y a deux ou trois citoyens, par contre, qui ont posé des questions plus réfléchies sur la direction dans laquelle notre société se dirigeait. Dans quelques lettres, des gens ont mentionné que notre société était devenue trop « vertueuse » et que la suppression des vices n’était pas nécessairement une bonne chose. Un citoyen en particulier s’est demandé si les pressions sociales qui ont mené à l’interdiction du tabac vont bientôt donner naissance à d’autres lois qui limiteront alors la consommation d’alcool, de malbouffe et la pratique de sports extrêmes.


J'ai eu deux réactions à ces propos. D’abord, je me suis dit que la réponse doit être « non » car les « vices » mentionnés ne sont une menace que pour l’individu et non la collectivité. Deuxièmement, je me suis demandé quel serait le prochain « vice » qui se trouverait dans la mire de la population. La réponse : l’automobile. Le phénomène est, d’ailleurs, déjà bien entamé, surtout dans les régions urbaines du Canada.


Il est clair que, comme le dit Boisvert au sujet des fumeurs, les automobilistes ne sont plus que des consommateurs, mais des pollueurs qui menacent la santé des autres. Il y a déjà de nombreux mouvements anti-auto qui veulent « reprendre possession » des routes pour décongestionner les villes et pour faire davantage de place aux piétons et aux cyclistes. À Montréal, il y a « l’attitude plateau ». C’est une attitude présente chez plusieurs (pas tous) des résidents du quartier le plus branché de la ville. Ces derniers démontrent un dédain pour la voiture et n’hésitent pas à lancer, sérieusement, des commentaires tels « je ne comprends pas pourquoi les gens ont le droit d’avoir une automobile en ville ». Leur dédain pour les automobiles n’est surpassé que par leur dédain pour la banlieue.


On doit se poser la question : est-ce que dans 5 ou 10 ans, les automobilistes dans les milieux urbains deviendront comme les fumeurs dans les lieux publics : persona non grata ?

Commentaires

J'ai souvent remarqué cette attitude. Je suis la plupart du temps "à pieds" mais j'ai bien de la difficulté à saisir ce désir d'afficher sa "supériorité morale" en marchant sur Mont-Royal...

Ecrit par : Freak-o-nomics | mardi, 06 juin 2006

aujourdui c'est le jour du diable!!! jouese aniversaaaaaaair conard!

Ecrit par : p'tin con | mardi, 06 juin 2006

On devrait commençé par interdire les VUS. De plus, il devrait y avoir une taxe sur le carbonne, redistribué également à tous les citoyens.

Ecrit par : altavistagoogle | mardi, 05 septembre 2006

Ma réponse: il faudrait. Sans doute pas dans cinq ou dix ans, car ça ne se fera pas du jour au lendemain. La voiture est encore trop profondément ancrée dans notre culture. Il faut y aller progressivement: oui, d'abord interdire les VUS. Et faire payer au consommateur le réel prix de sa voiture, qui inclurait les coûts sociaux, écologiques et humains. Déjà, de payer le vrai prix pourrait en décourager plusieurs. Simultanément, il faut offrir des alternatives viables: un système de transport en commun vaste, efficace et attirant, un réseau cyclable également efficace et sécuritaire. Quand il sera tout à fait possible de se déplacer dans un secteur sans voiture, on pourra commencer à retirer celle-ci de notre milieu de vie, faire des rues piétonnes, etc.

En transformant la ville en espace agréable et sécuritaire, moins pollué, on éliminera plusieurs arguments justifiant l'étalement urbain.

Quand la ville sera enfin libre de l'automobile, on s'attaquera aux déplacements en région!

Ecrit par : Laurent | lundi, 21 mai 2007

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